The file's text, extracted by GovTribe without its formatting.
Chapitre 6 Equité
La première section de ce chapitre examine les différences d'accès et de scolarisation aux différents niveaux par genre, milieu de résidence, niveau de richesse. Elle examine également les différences entre provinces, faisant le lien avec les différences d'offre scolaire entre les provinces. Une seconde section analyse ensuite la distribution des ressources publiques d'éducation dont peuvent bénéficier les différents groupes. La troisième section essaie enfin de déterminer, parmi ces aspects discriminants, lesquels ont l'effet net le plus important sur les disparités, c'est-à-dire en contrôlant l'effet des autres aspects.
I. Inégalités dans les scolarisations
Vision synthétique
Le tableau 6.1 présente de façon synthétique les inégalités de scolarisation aux différents niveaux par genre, milieu, et niveau de revenu, en comparant la proportion de chaque groupe dans la population des enfants scolarisables à leur proportion dans les populations effectivement scolarisées à chaque niveau.
Tableau 6.1 Distribution des 5-22 ans par niveau de scolarisation, genre, milieu et niveau de revenu, 2010
| % dans la population totale |
| Pourcentage parmi les enfants |
Groupe d’âge 5-22 ans
| Non scolarisés |
| En Maternelle |
| En |
Primaire
| En Secondaire |
| Au Supérieur |
Genre
| Féminin |
| 48% |
| 58% |
| 48% |
| 47% |
| 39% |
| 40% |
| Masculin |
| 52% |
| 42% |
| 52% |
| 53% |
| 61% |
| 60% |
Milieu
| Rural |
| 64% |
| 68% |
| 26% |
| 69% |
| 49% |
| 5% |
| Urbain |
| 36% |
| 32% |
| 74% |
| 31% |
| 51% |
| 95% |
Quintile de Revenu
| Q1 (Le plus pauvre) |
| 20% |
| 25% |
| 5% |
| 19% |
| 12% |
| 0% |
| Q3 |
| 20% |
| 21% |
| 12% |
| 21% |
| 17% |
| 2% |
| Q4 |
| 20% |
| 20% |
| 16% |
| 20% |
| 21% |
| 7% |
| Q5 (Le plus riche) |
| 20% |
| 11% |
| 59% |
| 20% |
| 39% |
| 91% |
Rapport de chances[footnoteRef:1] [1: Le rapport de chance est le rapport entre la proportion dans chaque groupe par rapport à la proportion dans la population totale du groupe d’âge. Un rapport de 1 indique une égalité de chances ; plus le rapport est élevé, plus la catégorie d’enfant est sur-représentée dans le groupe en question. Par exemple, dans le tableau 4, le rapport de chance des enfants urbains par rapport aux ruraux au secondaire indique que les enfants urbains sont 1,9 fois ( (51/49)/(36/64) ) sur-représentés à ce niveau par rapport aux ruraux.]
| M/F |
| 1.0 |
| 0.7 |
| 1.0 |
| 1.0 |
| 1.4 |
| 1.4 |
| Urbain/Rural |
| 1.0 |
| 0.8 |
| 5.1 |
| 0.8 |
| 1.9 |
| 31.3 |
| Riches/Pauvres (Q5/Q1) |
| 1.0 |
| 0.4 |
| 11.9 |
| 1.0 |
| 3.4 |
| - |
Source : Enquête MICS4 2010 et calculs de l’auteur.
L'analyse du tableau 6.1 conduit à trois résultats principaux:
· On constate que des inégalités existent par rapport à chacune de ces trois dimensions, mais qu'en termes de nombres d'inscrits elles ne sont visibles qu'à partir du secondaire. La proportion de filles dans le primaire (47%) est par exemple équivalente à la proportion de filles dans la population des 5-22 ans (48%) ; en revanche, cette proportion diminue à 39%-40% au secondaire et au supérieur.
· Les inégalités en fonction du milieu de résidence apparaissent plus importantes que les inégalités de genre, en particulier au secondaire. En effet, le rapport des chances de scolarisation au secondaire en fonction du sexe est de 1,4, alors qu'il est de 1,9 en fonction du milieu de résidence, ce qui signifie que les enfants urbains sont presque deux fois (1,9 fois) surreprésentés au secondaire par rapport aux enfants urbains. Ce rapport de chances reste constant au supérieur pour les inégalités de genre, alors qu'il est de 31,3 au supérieur pour les inégalités de milieu de résidence: les jeunes du milieu urbain ont plus de 30 fois plus de chances de suivre un enseignement supérieur que les jeunes ruraux.
· Les inégalités de revenu apparaissent comme la dimension d'exclusion la plus marquée. Dès le secondaire, le rapport des chances entre le quintile le plus riche et le quintile le plus pauvre est de 3,4. Cette inégalité est telle au supérieur que quasiment aucun jeune issu des deux quintiles les plus pauvres ne semble avoir accès à des études universitaires; plus de 9 étudiants dans le supérieur sur 10 sont issus du quintile le plus riche.
· Enfin, on constate que d'importantes inégalités existent également en termes d'accès aux services préscolaires : les jeunes enfants urbains sont 5,1 fois surreprésentés en maternelle par rapport aux ruraux, et les plus riches 11,9 fois plus que les plus pauvres. Ainsi, si les campagnes de scolarisation au primaire ont permis de réduire les inégalités d'accès à ce niveau, les différences d'accès en maternelle signifie que tous n'ont pas pu bénéficier du même éveil et de la même préparation à l'école, et donc ne partent pas avec les mêmes chances dès le début de leur scolarisation.
Il est par ailleurs intéressant de noter que les ruraux et les pauvres sont surreprésentés au niveau de l'école primaire, ce qui suggère que le niveau d'accès à ce niveau est équivalent à travers la population, mais que les redoublements plus importants parmi les ruraux et les pauvres gonflent les effectifs de ces groupes. Les sous-sections suivantes examinent plus en détail ces dimensions d'inégalités.
Inégalités de genre dans les profils de scolarisation
Le graphique 6.1 présente la probabilité d'accès au primaire et d'achèvement de chaque classe en fonction du genre, à partir de l'enquête MICS4 2010 et de l'enquête EADE 2012. On constate qu'il y a peu de différence entre les garçons et les filles au niveau de l'accès au primaire : 94 % des filles et 97 % des garçons ont en effet accès à ce niveau. En revanche, dès la fin du primaire, on constate que des inégalités apparaissent: 86 % des garçons ont une chance d'achever ce cycle alors que ce n'est le cas que de 59 % des filles. Ces inégalités d'accès et d'achèvement s'amplifient encore au cours du secondaire : les chances d'achever le premier cycle du secondaire sont de 66 % pour les garçons et 42 % pour les filles, et celles d'achever le secondaire second cycle de 34 % et de 18 % respectivement.
Graphique 6.1 : Profil de scolarisation probabiliste en fonction du genre, 2010 et 2012
Source: Enquêtes MICS4 2010 et EADE 2012 et calculs des auteurs.
Note: Les valeurs affichées sur le graphique se réfèrent aux données de l'enquête EADE.
Le Tableau 6.2 présente les indices de parité en termes de chances d'accès et d'achèvement aux différents niveaux, en mettant en évidence les différences en termes de rétention au cours des cycles et de transition entre les cycles. Les données confirment ainsi qu'il y a quasiment parité en terme d'accès au primaire. La différence au niveau de l'achèvement du primaire et du secondaire provient ainsi de la rétention au cours de ces cycles, qui est significativement plus faible pour les filles que pour les garçons (indices de parités sur la rétention de 0,76 et 0,77), alors que la transition entre le primaire et le secondaire est quasiment la même entre les deux sexes. On constate par ailleurs que si les filles ont beaucoup moins de chances d'achever le secondaire que les garçons, celles qui le font ont plus de chances d'accéder au supérieur que leurs camarades masculins, qui semblent moins enclins à continuer leurs études après le secondaire.
Tableau 6.2 Indices de parités de genre sur l'accès, la rétention l'achèvement et la transition, 2012 % et Indice
| Filles |
| Garçons |
| Indice de Parité |
de Genre (Filles/Garçons)
| Primaire |
| Accès |
| 94% |
| 97% |
| 0.97 |
| Transition Prim.-Sec. |
| 88% | |
| 91% | |
| 0.96 | |
| Secondaire (1er et 2nd cycles) |
| Accès |
| 52% |
| 74% |
| 0.71 |
| Transition Sec.-Sup. |
| 44% | |
| 37% | |
| 1.17 | |
| Supérieur |
| Accès |
| 8% |
| 12% |
| 0.63 |
Source : Enquête EADE 2012 et calculs des auteurs.
Note : Un indice inférieur à 1 indique un avantage (désavantage) relatif pour les garçons (filles).
Lorsque l'on compare la situation de la RDC à celle des pays voisins et de niveaux de revenus similaires, comme illustré par la Graphique 6.2, on constate que les inégalités de genre sont parmi les plus importantes de la région, en particulier au secondaire, et bien plus importantes que la moyenne régionale. On compte en moyenne en RDC 89 filles pour 100 garçons scolarisés au primaire, ce qui place le pays en 17ème position parmi les 25 pays sélectionnés. Au secondaire 1er et 2ème cycles, on ne compte que 67 et 54 filles respectivement pour 100 garçons, plaçant le pays en 20ème et 19ème à ces niveaux.
Graphique 6.2 : Comparaison internationale des Indices de Parité de Genre (TBS)[footnoteRef:2], primaire et secondaire, 2012 ou APP [2: Indice de parité de genre sur le Taux Brut de Scolarisation (TBS) = TBS filles / TBS garçons.]
Indice
| Primaire |
| Secondaire 1er cycle |
| Secondaire 2nd cycle |
Source: Pôle de Dakar/IIPE à partir des données nationales et ISU, et calculs des auteurs.
Inégalités entre les milieux de résidence dans les profils de scolarisation
La figure 6.3 présente les profils de scolarisation en fonction du milieu de résidence, à partir des enquêtes auprès des ménages. Les différences restent faibles au niveau de l'accès au primaire, avec un accès virtuellement universel en milieu urbain (99 % de chances d'accès), et une probabilité d'accès de 94 % en milieu rural. En revanche, les enfants en milieu rural n'ont que 55 % de chances de terminer le primaire, alors qu'en milieu urbain cette probabilité est de 89 %. Les probabilités d'achèvement du secondaire sont encore plus différentes, avec 13 % en milieu rural contre 47 % en milieu urbain.
Graphique 6.3 : Profil de scolarisation probabiliste en fonction du milieu de résidence, 2010 et 2012
Source: Enquêtes MICS4 2010 et EADE 2012 et calculs des auteurs.
Note: Les valeurs affichées sur le graphique se réfèrent aux données de l'enquête EADE.
Lorsque l'on observe les inégalités aux différents stades de la scolarisation, on s'aperçoit que les inégalités de milieu apparaissent en effet au niveau de la rétention au cours du cycle primaire. La transition entre primaire et secondaire est quasiment équivalente entre les deux milieux. En revanche, le taux de survie probabiliste au secondaire est plus de deux fois plus important en milieu urbain qu'en milieu rural. La probabilité de passer ensuite du secondaire au supérieur est, elle, plus de trois fois plus faible en milieu rural (15 %) qu'en milieu urbain (50 %). Les chances d'accéder un jour à des études supérieures sont ainsi plus de 10 fois plus importantes en milieu urbain qu'en milieu rural (23 % contre 2 %).
Tableau 6.3 : Indices de parité de milieu sur l'accès, la rétention l'achèvement et la transition, 2012
| Rural |
| Urbain |
| Indice de Parité de Milieu |
Rural/Urbain
| Primaire |
| Accès |
| 93% |
| 99% |
| 0.94 |
| Transition Prim.-Sec. |
| 88% | |
| 94% | |
| 0.93 | |
| Secondaire |
| Accès |
| 48% |
| 83% |
| 0.58 |
| Transition Sec.-Sup. |
| 15% | |
| 50% | |
| 0.30 | |
| Supérieur |
| Accès |
| 2% |
| 23% |
| 0.08 |
Source : Enquête EADE 2012 et calculs des auteurs.
Note : Un indice inférieur à 1 indique un avantage (désavantage) relatif pour les urbains (ruraux).
Inégalités entre les niveaux de vie dans les profils de scolarisation
Comme constaté en introduction de cette section, les inégalités les plus marquées sont celles en fonction du niveau de vie. Dès l'accès au primaire, les chances de scolarisations sont différentes : quasiment tous les enfants du quintile riche ont accès au primaire, alors que ce n'est le cas que de 89 % de ceux du quintile le plus pauvre (cf. Figure 6.4).
Graphique 6.4 : Profil de scolarisation probabiliste en fonction du niveau de vie, 2010 et 2012
Source: Enquêtes MICS4 2010 et calculs des auteurs.
Comme pour les autres aspects, les disparités s'approfondissent au cours de la scolarisation, mais de façon encore plus prégnante. A nouveau, les différences sont plus marquées au niveau de la rétention au primaire et au secondaire qu'au niveau de la transition entre ces deux cycles. Dès la fin du primaire, la probabilité d'achever ce cycle est plus de deux fois plus importante parmi les riches (94 %) que parmi les pauvres (41 %). Les riches ont 9 fois plus de chances d'achever le secondaire que les pauvres (51 % contre 6 %), et parmi les rares pauvres qui achèvent le secondaire, seuls 10 % d'entre eux auront accès à des études supérieures, réduisant les chances des enfants pauvres d'accéder un jour au supérieur à un niveau 44 fois plus faible que pour les enfants riches.
Tableau 6.4 : Indices de parité de niveau de vie sur l'accès, la rétention l'achèvement et la transition, 2010
| Q1 |
| Q5 |
| Indice de Parité de Niveau de vie |
Q1/Q5
| Primaire |
| Accès |
| 89% |
| 99% |
| 0.89 |
| Transition Prim.-Sec. |
| 88% | |
| 97% | |
| 0.91 | |
| Secondaire |
| Accès |
| 36% |
| 91% |
| 0.40 |
| Transition Sec.-Sup. |
| 10% | |
| 50% | |
| 0.20 | |
| Supérieur |
| Accès |
| 1% |
| 25% |
| 0.02 |
Source : Enquête MICS4 2010 et calculs des auteurs.
Note : Un indice inférieur à 1 indique un avantage (désavantage) relatif pour les riches (pauvres).
Si l'on compare la RDC aux autres pays de la région et à faible revenu, on peut constater, comme illustré par le Graphique 6.5, que les écarts de chances d'achèvement des différents cycles entre les quintiles riche et pauvre sont proches de la moyenne de ces pays comparateurs au primaire et au secondaire premier cycle (respectivement légèrement plus importants et légèrement plus faibles). Au secondaire second cycle en revanche, les différences de revenu semblent plus importantes comparativement aux autres pays.
Graphique 6.5 : Comparaison internationale des Indices de Parité de Richesse (Taux d'achèvement), primaire et secondaire, 2012 ou APP
| Primaire |
| Secondaire 1er cycle |
| Secondaire 2nd cycle |
Source: Pôle de Dakar à partir de données nationales et ISU, et calculs des auteurs.
Encadré 6.1: La réduction des coûts comme mesures de promotion de l'éducation
La présente section met en évidence l'importance des aspects financiers dans la scolarisation et la rétention des enfants. L’étude EADE a par ailleurs relevé que les barrières financières venaient au premier rang des raisons invoquées par les jeunes interrogés pour expliquer leur exclusion scolaire, elle a établi également que 64,3 % des enfants et adolescents d’âge scolaire du primaire en dehors de l’école sont issus des ménages les plus pauvres (moins de 50 USD par mois). Les politiques de réduction des obstacles financiers à la scolarisation ont donc une importance de premier ordre en RDC, ce qui a conduit le gouvernement à initier une politique visant à l’instauration progressive de la gratuité scolaire et à préciser les mesures allant dans ce sens dans le Plan Intérimaire pour l'Education (PIE).
Les barrières financières subies par les enfants des familles les plus modestes sont ainsi de trois ordres :
- les frais scolaires dont ils doivent s’acquitter auprès de l’école et qui sont destinés à couvrir une part importante de la rémunération des enseignants (parfois la totalité) et les frais de fonctionnement des institutions scolaires ;
- les frais dits indirects pour l’acquisition de nombreux matériels nécessaires, les fournitures, la totalité ou une partie des manuels scolaires, l’uniforme, les coûts de transport ;
- les coûts d’opportunité, fréquents dans un pays massivement rural et minier, dans lequel le travail des enfants est une réalité fréquente, qu’il soit rémunérer en argent ou non.
Ainsi, l’allègement des frais directs ne peut pas constituer le seul axe d’intervention des politiques d’équité en éducation, et des actions additionnelles vont être menées dans des zones d’extrême pauvreté pour réduire les frais de scolarité restant à la charge des familles. Il s’agit de l’organisation et de la mise en place de coopératives scolaires pour l’achat et la vente à des prix réduits des uniformes et des fournitures scolaires. Des politiques de compensation vont également être introduite pour aider les familles à scolariser ou à maintenir leurs enfants à l’école, comme par exemple des cantines scolaires qui vont être progressivement introduites dans près de 600 écoles primaire à l’horizon 2023. L’octroi de bourses ou d’aides directes ciblées à certaines catégories d’enfants ou de familles va également être étudié et mis en place dans le cadre de cette stratégie.
Inégalités entre les provinces
On constate également de fortes inégalités entre les provinces. Au début du primaire, les taux bruts d'accès sont supérieurs à 100 % dans toutes les provinces (à l'exception de la province-ville de Kinshasa), ce qui rend les comparaisons difficiles. En revanche, dès la fin du primaire, on constate de fortes inégalités entre les provinces: Bandundu affiche un taux d'achèvement du cycle de 106 %, et le Kasaï Oriental et Occidental respectivement de 89 % et 80 %, alors que ces taux sont notablement plus faibles dans les provinces du nord et de l'est, comme on peut le voir dans la carte 6.1 ci-dessous. En Equateur, Province Orientale, Nord Kivu et Katanga en particulier, ils se situent autour de 60 %. Ces inégalités s'amplifient encore au cours du secondaire, avec les mêmes provinces qui affichent les meilleurs et les plus bas résultats. Le taux d'achèvement du secondaire 1er cycle est de 70 % au Bandundu, et il reste supérieur à 50 % au Kasaï Oriental. Il est en revanche de 32 % au Katanga et de 28 % dans la Province Orientale, indiquant que moins d'un enfant sur 3 y achève le premier cycle du secondaire. Quant au second cycle du secondaire, il n'y a qu'à Kinshasa et au Bandundu que plus de la moitié des enfants, à peine, terminent ce cycle. Ce n'est le cas que d'un enfant sur 5 en Equateur et au Katanga, et d’un enfant sur 7 dans la Province Orientale.
Carte 6 .1 : Taux d'achèvement par province, et par cycle, 2012
| (a) Primaire |
| (b) Secondaire 1er cycle |
| (c) Secondaire 2nd cycle |
Source : Calculs des auteurs à partir des données scolaires 2011-12 et des données de population des Nations Unies.
Note: Le taux d'achèvement du primaire du Nord Kivu est de 60.5 %, celui du Katanga de 59.6 %.
Ces inégalités apparaissent, au moins en partie, liées à l'offre éducative. En effet, ke Graphique 6.6 (a) met en évidence la différence entre les provinces en termes de la distance moyenne à l'école la plus proche. On constate que les provinces dans lesquelles l'offre éducative à proximité est plus faible (en particulier le Bas Congo, le Katanga et la Province Orientale) présentent des taux d'accès et des taux d'achèvement du primaire plus faibles. De même, au secondaire, les provinces dans lesquelles la distance moyenne à l'école secondaire est plus élevée présentent des taux de transition du primaire vers le secondaire et des taux de rétention plus faibles (cf. Graphique 6.6 (b)).
Graphique 6.6 Taux d'accès et d'achèvement du primaire (a) et taux de transition et de rétention au secondaire (b) en fonction de la distance moyenne à l'école, par province, 2012
Sources : EADE 2012, calculs des auteurs.
II. Inégalités dans l'allocation des ressources
Les inégalités d'accès aux différents niveaux constatées ci-dessus ont pour résultat une répartition inégale des ressources publiques d'éducation. En effet, plus une personne reste longtemps dans le système, plus elle bénéficie des investissements publics au cours de cette scolarité. Ce phénomène est exacerbé par le fait que, comme on l'a vu au chapitre 3, les coûts de scolarisation sont d'autant plus élevés que l'on progresse dans le système.
En combinant les données de scolarisation issues des profils de scolarisation du Chapitre 2 avec les données de coûts unitaires calculés au chapitre 3, on peut ainsi mesurer la proportion des dépenses publiques d'éducation dont ont bénéficié les utilisateurs, en fonction de leur niveau d'éducation. Le tableau 6.5 met ainsi en évidence la distribution structurelle de ces dépenses publiques d'éducation[footnoteRef:3]. [3: La répartition structurelle des ressources décrite dans cette section ne prend pas en revanche en compte les redoublements]
Tableau 6.5 : Distribution structurelle des ressources publiques d'éducation allouées à une pseudo-cohorte de 100 élèves, par niveau, 2012
| Niveau d'éducation |
| Taux d'achè-vement |
| Elèves finissant à ce niveau |
| Coût unitaire |
| Dépenses consommées par une pseudo-cohorte de 100 élèves |
(FC)
Cumulatif
(FC)
Par niveau atteint
(FC)
| Aucun |
| 0% |
| 6% |
| 6% |
| 0 |
| - |
| - |
| 0% |
| 0% |
| 1 |
| 94% |
| 2% |
| 8% |
| 23 320 |
| 23 320 |
| 52995 |
| 0% |
| 0% |
| 2 |
| 92% |
| 4% |
| 13% |
| 23 320 |
| 46 639 |
| 202 128 |
| 1% |
| 1% |
| 3 |
| 87% |
| 5% |
| 18% |
| 23 320 |
| 69 959 |
| 368 672 |
| 1% |
| 2% |
| 4 |
| 82% |
| 8% |
| 26% |
| 23 320 |
| 93 278 |
| 762 534 |
| 2% |
| 4% |
| 5 |
| 74% |
| 7% |
| 33% |
| 23 320 |
| 116 598 |
| 758 177 |
| 2% |
| 6% |
| 6 |
| 67% |
| 9% |
| 42% |
| 23 320 |
| 139 918 |
| 1 246 701 |
| 4% |
| 10% |
| 7 |
| 58% |
| 7% |
| 49% |
| 50 113 |
| 190 031 |
| 1 398 812 |
| 4% |
| 14% |
| 8 |
| 51% |
| 8% |
| 57% |
| 50 113 |
| 240 145 |
| 1 819 608 |
| 5% |
| 19% |
| 9 |
| 43% |
| 7% |
| 64% |
| 50 113 |
| 290 258 |
| 2 123 198 |
| 6% |
| 25% |
| 10 |
| 36% |
| 7% |
| 71% |
| 50 113 |
| 340 372 |
| 2 467 505 |
| 7% |
| 32% |
| 11 |
| 29% |
| 6% |
| 77% |
| 50 113 |
| 390 485 |
| 2 173 704 |
| 6% |
| 38% |
| 12 |
| 23% |
| 15% |
| 92% |
| 50 113 |
| 440 599 |
| 6 560 009 |
| 19% |
| 56% |
| 13 |
| 8% |
| 0% |
| 92% |
| 350 282 |
| 790 881 |
| 380 393 |
| 1% |
| 57% |
| 14 |
| 8% |
| 1% |
| 93% |
| 350 282 |
| 1 141 164 |
| 996 424 |
| 3% |
| 60% |
| 15 |
| 7% |
| 2% |
| 95% |
| 350 282 |
| 1 491 446 |
| 2 674 955 |
| 8% |
| 68% |
| 16 |
| 5% |
| 3% |
| 97% |
| 350 282 |
| 1 841 728 |
| 4 724 804 |
| 13% |
| 81% |
| 17 |
| 3% |
| 0% |
| 98% |
| 350 282 |
| 2 192 011 |
| 605 120 |
| 2% |
| 83% |
| 18 |
| 2% |
| 2% |
| 100% |
| 350 282 |
| 2 542 293 |
| 6 090 221 |
| 17% |
| 100% |
Sources: Données éducatives de l'enquête EADE 2012, données financières du chapitre 3 et calculs des auteurs.
La courbe de Lorenz, représentée par le Graphique 6.7, offre une représentation graphique de cette distribution structurelle des dépenses publiques d'éducation. On constate que 6 % de la population, qui n'a jamais accès au système scolaire, ne bénéficient ainsi d'aucune dépense publique dans ce domaine. 35 % de la population n'a accès qu'à l'éducation primaire ; avec un taux unitaire faible, et un nombre d'abandons importants au cours du cycle, cette frange de la population ne bénéficie que de 9 % des dépenses publiques d'éducation. La plus grande partie de la population a accès au secondaire, mais ne progresse pas jusqu'au supérieur. Avec un coût unitaire au secondaire près de deux fois plus élevé qu'au primaire, ces 50 % de la population bénéficient de 42 % des ressources publiques. Enfin, la population privilégiée qui a accès à l'enseignement supérieur ne représente que 8 % de la population, mais les coûts unitaires très élevés à ce niveau (plus de 18 fois plus élevés qu'au primaire) signifient que cette portion de la population consomme 49 % des ressources publiques. Ceci est à mettre en contraste avec les 9 % des ressources consommées par les 41 % de la population qui n'ont pas accès à l'éducation ou seulement à l'éducation primaire. L'indice de Gini de cette distribution est de 0,42.
Graphique 6.7 : Courbe de Lorenz, 2012
51% des ressources utilisées par les 10% les plus éduqués
Source: Tableau 6.5.
La proportion de ressources utilisées par les 10 % les plus éduqués permet d'effectuer des comparaisons internationales et de situer les inégalités structurelles constatées en RDC avec celles de pays similaires. On constate ainsi que cette proportion de 51 % utilisée par les plus éduqués situe le pays bien au-dessus de la moyenne des pays comparateurs, comme illustré en Graphique 6.8, et que la distribution structurelle des ressources d'éducation est parmi les plus concentrées sur les populations les plus éduquées de la région.
Graphique Comparaison internationale de la proportion des ressources publiques d'éducation utilisées par les 10% les plus éduqués, 2012 ou APP
Source: Pôle de Dakar/IIPE à partir de données nationales et ISU, et calculs des auteurs.
Identification des déterminants de scolarisation
Des analyses économétriques permettent d'évaluer l'importance relative des différentes dimensions d'inégalités sur l'accès et la rétention aux différents niveaux. Il est en effet possible que plusieurs aspects aient des effets qui se confondent : les revenus sont par exemple souvent plus faibles en milieu rural, il est donc difficile de dissocier les effets financiers des effets du milieu sans ce type d'analyse. Plusieurs modèles logistiques ont ainsi été estimés à partir des deux enquêtes ménages (MICS4 2010 et EADE 2012) pour apprécier l'impact des différentes variables sur la probabilité d’accéder au primaire. Le tableau 6.6 présente ainsi les rapports des chances d'accès au primaire en fonction des variables disponibles dans ces enquêtes.
Tableau 6. 6 : Facteurs affectant l'accès au primaire, 2010 et 2012 Rapport de chances (odds ratio)
| Modèle 1 |
| Modèle 2 |
| Modèle 3 |
| Modèle 4 |
| Pseudo-R2 |
| 0.07 |
| 0.14 |
| 0.12 |
| 0.14 |
Genre – Référence: Garçon
| Fille |
| 0.49 |
| *** |
| 0.51 |
| *** |
| 0.40 |
| *** |
| 0.40 |
| *** |
Milieu de résidence et distance à l'école – Référence: Urbain
| Rural – distance 0-1km |
| 0.24 |
| *** |
| 0.31 |
| *** |
| 0.47 |
| *** |
| 0.45 |
| *** |
| Rural – distance 2-4km |
| 0.26 |
| *** |
| 0.33 |
| *** |
| Rural – distance 5km+ |
| 0.08 |
| *** |
| 0.10 |
| *** |
Instruction de la mère – Référence: Aucune
Primaire
Secondaire ou plus
Instruction du chef de ménage – Référence: Aucune
Primaire
Secondaire ou plus
Province – Référence: Kinshasa
Bandundu
Bas Congo
Equateur
Kasaï Occidental
Kasaï Oriental
Katanga
Maniema
Nord Kivu
Province Orientale
Sud Kivu
Source: Données EADE 2012 (modèles 1 et 2) et données MICS 2010 (modèles 3 et 4), et calculs des auteurs.
Notes: *: Significatif au niveau 0,1 ; ** : Significatif au niveau 0,05 ; *** : Significatif au niveau 0,01 ; ns : Non significatif au niveau 0,1.
Quatre modèles sont proposés, les deux premiers à partir de l’EADE, les deux autres à partir de la MICS4 :
· Le modèle 1, qui examine le genre et la distance à l'école à partir de l'enquête EADE, révèle que les filles ont environ deux fois moins de chances d'accéder au primaire que les garçons, et que les enfants qui habitent en milieu rural à moins de 4 km d'une école ont environ 4 fois moins de chances d'y accéder que les enfants en milieu urbain. En milieu rural à plus de 5 km d'une école, les chances d'accès sont environ 12 fois moindres.
· Le modèle 2, qui inclut la province de résidence, confirme les inégalités révélées par le modèle précédent, et indiquent que les chances d'accès sont, pour un enfant du même sexe et du même milieu de résidence, plus faibles au Bas Congo, Maniema et Province Orientale qu'à Kinshasa, et encore plus faibles en Equateur, Sud Kivu, Katanga et Nord Kivu. Les chances d'accès semblent en revanche équivalentes au Bandundu et dans les deux Kasaï.
· Le modèle 3 examine le genre, le milieu de résidence et l'éducation de la mère et du chef de ménage à partir des données MICS4. Outre les inégalités de genre, ce modèle révèle que les enfants dont la mère a une éducation primaire ont plus de deux fois plus de chance d'accéder au primaire que lorsque la mère n'a aucune éducation, et que lorsque leur mère a une éducation secondaire ou supérieure, ces chances sont plus de trois fois plus importantes. L'impact de l'éducation du chef de ménage est légèrement moindre, mais également significative.
· Le modèle 4 introduit la province de résidence et suggère que des enfants de même sexe, milieu et éducation des parents ont des chances d'accès au primaire similaires dans toutes les provinces, à l'exception du Katanga, où elles sont plus faibles, et de Maniema, où elles sont plus élevées.
Le tableau 6.7 présente des modèles similaires pour estimer l'impact de différents aspects sur la rétention au primaire.
Tableau 6.7 : Facteurs affectant la rétention au primaire, 2010 et 2012 Rapport de chances (odds ratio)
| Modèle 1 |
| Modèle 2 |
| Modèle 3 |
| Modèle 4 |
0.1608
0.1613
0.2097
Genre – Référence: Garçon
| Fille |
| 0.31 |
| *** |
| 0.30 |
| *** |
| 0.29 |
| *** |
| 0.23 |
| *** |
Milieu de résidence et distance à l'école – Référence: Urbain
| Rural – distance 0-1km |
| 0.42 |
| *** |
| 0.48 |
| *** |
| 0.60 |
| ** |
| - |
| ns |
| Rural – distance 2-4km |
| 0.23 |
| *** |
| 0.26 |
| *** |
| Rural – distance 5km+ |
| 0.19 |
| *** |
| 0.24 |
| *** |
Revenu mensuel du ménage – Référence: Moins de 50 USD
| 50 – 100 dollars E.U. |
| 1.95 |
| *** |
| 2.08 |
| *** |
| 100 – 200 dollars E.U. |
| 2.25 |
| *** |
| 2.54 |
| *** |
| 200 dollars E.U. et plus |
| 4.58 |
| *** |
| 4.96 |
| *** |
Quintile de bien-être économique – Référence: Quintile le plus pauvre (Q1)
Q2
Q3
Q4
Q5 (le plus riche)
Province – Référence: Kinshasa
Bandundu
Bas Congo
Equateur
Kasaï Occidental
Kasaï Oriental
Katanga
Maniema
Nord Kivu
Province Orientale
Sud Kivu
Source: Données EADE 2012 (modèles 1 et 2) et données MICS4 2010 (modèles 3 et 4), et calculs des auteurs.
Notes: *: Significatif au niveau 0,1 ; ** : Significatif au niveau 0,05 ; *** : Significatif au niveau 0,01 ; ns : Non significatif au niveau 0,1
On constate ainsi que les filles ont à nouveau moins de chances de finir le primaire que les garçons, et que les chances de rétention sont d'autant plus faibles que la distance à l'école est importante. Le revenu du ménage (qui n'avait pas un impact significatif au niveau de l'accès) apparait déterminant au niveau de la rétention: les enfants dont le revenu mensuel du ménage est entre 50 dollars des E.U. et 200 dollars des E.U. ont environ deux fois plus de chances de rester à l'école jusqu'à la fin du primaire que ceux dont le revenu est inférieur à 50 dollars des E.U. Pour les familles avec un revenu supérieur, ces chances sont plus de quatre fois plus importantes (cf. modèles 1 et 2, à partir des données EADE 2012). Les modèles 3 et 4, issus des données MICS4 2010, confirment les inégalités de genre et de revenu (ou bien-être économique) mais suggèrent un impact moindre du milieu de résidence. Les deux sources diffèrent légèrement quant à l'impact de la province de résidence, mais s'accordent sur le fait que les chances de finir le primaire sont moindres au Bas Congo, Kasaï Oriental, Katanga et Province Orientale qu'à Kinshasa. Les différences ne sont pas significatives au Bandundu et au Kasaï Oriental.
Au secondaire, on constate à nouveau que les filles ont de plus faibles chances d'accéder à ce niveau, et que le niveau de revenu ou d'aisance financière est un facteur très important d'inégalités. Résider dans une région rurale constitue également un handicap, bien que d'après les données du MICS4 l'effet du milieu rural n'est pas significatif lorsque l'on prend en compte le quintile de bien-être économique et la province.
Tableau 6.8 : Facteurs affectant l'accès au secondaire, 2010 et 2012 Rapport de chances (odds ratio)
| Modèle 1 |
| Modèle 2 |
| Modèle 3 |
| Modèle 4 |
| Pseudo-R2 |
| 0.1650 |
| 0.2046 |
| 0.2129 |
| 0.2613 |
Genre – Référence: Garçon
| Fille |
| 0.32 |
| *** |
| 0.30 |
| *** |
| 0.24 |
| *** |
| 0.22 |
| *** |
Milieu de résidence et distance à l'école – Référence: Urbain
| Rural |
| 0.32 |
| *** |
| 0.35 |
| *** |
| 0.51 |
| *** |
| - |
| ns |
Revenu mensuel du ménage – Référence: Moins de 50 USD
| 50 – 100 dollars E.U. |
| 1.51 |
| *** |
| 1.84 |
| *** |
| 100 – 200 dollars E.U. |
| 2.42 |
| *** |
| 3.48 |
| *** |
| 200 dollars E.U. et plus |
| 5.98 |
| *** |
| 7.19 |
| *** |
Quintile de bien-être économique – Référence: Quintile le plus pauvre (Q1)
Q2
Q3
Q4
Q5 (le plus riche)
Province – Référence: Kinshasa
Bandundu
Bas Congo
Equateur
Kasaï Occidental
Kasaï Oriental
Katanga
Maniema
Nord Kivu
Province Orientale
Sud Kivu
Source: Données EADE 2012 (modèles 1 et 2) et données MICS4 2010 (modèles 3 et 4), et calculs des auteurs.
Notes: *: Significatif au niveau 0,1 ; ** : Significatif au niveau 0,05 ; *** : Significatif au niveau 0,01 ; ns : Non significatif au niveau 0,1
Enfin, la rétention au secondaire connait les mêmes facteurs déterminants: les filles qui accèdent au secondaire ont environ trois fois moins de chances de terminer le cycle que les garçons, les jeunes en milieu rural presque deux fois moins de chances que ceux vivant en ville. Les aspects économiques sont à nouveau très marqués, les jeunes les plus aisés ayant environ 10 fois plus de chances de finir le cycle que les plus défavorisés. Enfin, les chances de rétention sont plus faibles dans toutes les autres provinces qu'à Kinshasa, et en particulier en Province Orientale.
Tableau 6.9 : Facteurs affectant la rétention au secondaire, 2010 et 2012 Rapport de chances (odds ratio)
Genre – Référence: Garçon
Milieu de résidence et distance à l'école – Référence: Urbain
Revenu mensuel du ménage – Référence: Moins de 50 USD
| 50 – 100 dollars E.U. |
| 1.78 |
| *** |
| 100 – 200 dollars E.U. |
| 2.42 |
| *** |
| 200 – 500 dollars E.U. |
| 3.62 |
| *** |
| 500 dollars E.U. et plus |
| 9.66 |
| *** |
Quintile de bien-être économique – Référence: Quintile le plus pauvre (Q1)
Q2
Q3
Q4
Q5 (le plus riche)
Province – Référence: Kinshasa
| Bas Congo |
| 0.43 |
| *** |
| 0.44 |
| *** |
| Equateur |
| 0.44 |
| *** |
| 0.63 |
| ** |
| Kasaï Occidental |
| 0.59 |
| *** |
| - |
| ns |
| Kasaï Oriental |
| 0.45 |
| *** |
| 0.64 |
| *** |
| Province Orientale |
| 0.31 |
| *** |
| 0.51 |
| ** |
Source: Données EADE 2012 (modèles 1 et 2) et données MICS4 2010 (modèles 3 et 4), et calculs des auteurs.
Notes: *: Significatif au niveau 0,1 ; ** : Significatif au niveau 0,05 ; *** : Significatif au niveau 0,01 ; ns : Non significatif au niveau 0,1
On peut ainsi synthétiser l'importance relative de ces différents facteurs en observant l'ordre de grandeur des rapports de chances à chaque étape de la scolarisation. On constate ainsi qu'au niveau de l'accès ce sont le milieu de résidence et l'éducation des parents qui ont le plus d'importance, introduisant des chances de l'ordre de 3 fois plus grandes pour les urbains et les enfants de personnes éduquées. Les filles n'ont "que" deux fois moins de chances d'accéder au cycle. On note en revanche qu'au Katanga les chances d'accès sont 5 fois plus faibles qu'à Kinshasa.
Par la suite, au niveau de la rétention au primaire, puis au niveau de l'accès et de la rétention au secondaire, ce sont les aspects financiers qui ont le plus d'importance, avec des rapports de chance de l'ordre de 10 à 16 fois plus importants pour les plus aisés par rapport aux plus défavorisés. Les inégalités de genre deviennent également plus importantes que les inégalités de milieu lorsque l'on considère tous ces aspects en même temps. Enfin, Le Katanga, la province Orientale et dans une moindre mesure le Bas Congo, l'Equateur et le Sud Kivu présente des chances bien moindres qu'à Kinshasa.
Tableau 6.10 : Ordre de grandeur des rapports des chances aux différents stades de scolarisation
| Accès primaire |
| Rétention au primaire |
| Accès au secondaire |
| Rétention au secondaire |
| Chances des garçons par rapport aux filles |
| 2x |
| 3x |
| 4x |
| 3x |
| Chances des urbains par rapport aux ruraux |
| 3x |
| 2x |
| - |
| 2x |
| Chances des enfants dont les parents ont accédé au secondaire par rapport à ceux dont les parents n’ont pas d'éducation |
| 3x |
| nt |
| nt |
| nt |
| Chances des plus riches par rapport aux plus défavorisés |
| - |
| 10x |
| 16x |
| 10x |
Chances à Kinshasa par rapport à:
| Province Orientale |
| - |
| 3x |
| 4x |
| 3x |
Source: Données EADE et données MICS, et calculs des auteurs.
Notes: - : Résultats non concluants ; nt: non testé.
Résultats clés du chapitre
L'analyse des disparités au sein du système Congolais révèle que:
Les disparités selon le genre sont virtuellement inexistantes au niveau de l'accès à l'école, mais apparaissent au cours du primaire et s'amplifie au cours de la scolarisation. C'est au niveau de la rétention, au primaire et au secondaire, que la différence se fait, alors qu'il n'y a quasiment pas de différence entre garçons et filles lors de la transition vers le secondaire, et une plus grande proportion de filles que de garçons évoluent du secondaire au supérieur. La RDC fait partie des pays de la région avec les plus grandes disparités de genre.
Les disparités de milieu de résidence sont encore plus marquées que celles selon le genre, et s'accentuent également au fil de la scolarisation. Ici encore, les disparités apparaissent au niveau de la rétention plus qu’au niveau de l'accès ou de la transition au secondaire, mais très peu d'enfants ruraux ont l'opportunité de passer du secondaire au supérieur.
Les disparités selon le revenu sont les plus marquées. Elles apparaissent dès l'accès à l'école et s'amplifient de telle façon que les enfants du quintile le plus riche ont 43 fois plus de chances d'accéder au supérieur que ceux issus du quintile le plus pauvre.
Les inégalités entre provinces sont également importantes. Les provinces du nord et de l'est, et en particulier la Province Orientale, le Katanga et l'Equateur, affichent de gros retards de scolarisation par rapport aux provinces centrales au primaire, et par rapport à Kinshasa et au Bandundu au secondaire. Ces disparités semblent être au moins en partie liées à un manque d'offre éducative.
On constate une forte concentration des dépenses d'éducation sur une faible population très éduquée. Alors que 41% de la population n'a pas accès à l'école ou ne progresse pas plus loin que le primaire, ne consommant ainsi que 9% des ressources publiques d'éducation, plus de la moitié (51%) de ces dépenses publiques d'éducation sont consommées par les 10% les plus éduqués. Ceci place la RDC parmi les pays avec la distribution structurelle la plus concentrée par rapport aux pays de la région.
L'effet discriminant du revenu sur l'accès et la rétention aux différents cycles est de loin le plus fort, suivi par celui du genre. Lorsque l'on observe l'effet de ces différents aspects en contrôlant les autres effets, on constate que les riches ont des chances de rétention au primaire et au secondaire de l'ordre de 10 fois supérieures à celles des pauvres. Les fortes disparités entre milieux de résidence semblent cacher l'effet de différences de revenus entre ces milieux; l'effet net du milieu de résidence apparait moindre que l'importance du genre dans les disparités de scolarisation.
image2.emf image3.emf image4.emf image5.emf image6.emf image7.emf image8.emf image9.emf image10.emf image11.emf image12.emf image13.emf image14.emf image15.emf image16.emf image1.emf